Le Figaro : «Les actes de malveillance se multiplient sur le territoire national»

Le Figaro : «Les actes de malveillance se multiplient sur le territoire national»

Après l’incendie criminel d’un site petrochimique et les différentes scènes de violence en France la nuit du 13 au 14 juillet, l’avocat Thibault de Montbrial s’inquiète de ce climat de très haute tension.

Mardi matin ont explosé deux cuves de produits chimiques entraînant un incendie sur un site pétrochimique dans les Bouches-du-Rhône. La thèse de l’acte malveillant est pour l’heure privilégiée. Cela fait suite à l’attaque terroriste d’un site de gaz industriel en Isère. Le ministre de l’Intérieur vient d’envoyer une note urgente aux préfets demandant de renforcer la vigilance sur tous les lieux industriels sensibles du territoire. Comment expliquer l’accumulation de délits de cette nature?

Ces actes s’inscrivent dans la continuité de la multiplication d’attaques plus ou moins graves de nos infrastructures.

Après les éléments révélés ce matin (cisaillage du grillage, présence d’un détonateur électrique), Bernard Cazeneuve évoque désormais lui même «un acte criminel»

Mais en toute hypothèse, il faut souligner le fait que les actes de malveillance (pour reprendre ce qui semble être le nouveau vocable à la mode) se multiplient sur le territoire national. Ce constat n’a d’ailleurs pas échappé au Ministre de l’Intérieur, qui vient encore d’appeler au renforcement des mesures de sécurité sur les sites dit «Seveso» comme il l’avait déjà fait après l’attentat commis sur le site de Saint-Quentin Fallavier il y a trois semaines.

S’il faut rester extrêmement prudent sur les auteurs de ce qu’il convient d’appeler un attentat, force est de constater que ces attaques multiples sur notre territoire correspondent en tous points aux incitations contenues dans les vidéos diffusées par l’État Islamique depuis des mois. Que le mot d’ordre ait été directement entendu par des islamistes ou bien qu’il s’agisse d’un passage à l’acte d’opportunité dont les motivations seront établies par l’enquête, on ne peut une fois de plus que constater la similitude entre les modes opératoires utilisés, et les suggestions que les vidéos islamistes multiplient sur internet à l’effet de créer le maximum de confusion sur notre territoire.

Incendie à l’amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon provoqué par des tirs de pétards, médiathèque incendiée à La Courneuve, tirs de mortier dans le XIXe arrondissement de Paris et dans le Val-de-Marne où plus d’une trentaine de véhicules ont été incendiés, propagation d’un incendie de scooter à 26 voitures dans le XVIe arrondissement, violences urbaines dans le Val-de-Marne… Les festivités du 14 juillet donnent lieu chaque année à des débordements, souvent causés par des jeunes. Comment expliquer la défiance d’une partie de la jeunesse à l’égard de ce qui incarne une forme d’autorité?

Cela fait des années que les incidents se multiplient à différentes occasions telles que les festivités de la Saint Sylvestre ou celles du 14 juillet.

On peut constater que ces phénomènes prennent un peu plus d’ampleur à chaque fois, et que dans le même temps, ils font l’objet d’une sous-médiatisation systématique.

La vérité, c’est que la plupart des villes de notre pays sont désormais concernées par de tels débordements.

Il est évidemment difficile de ne pas faire le lien entre ces comportements de défi à l’égard de l’ordre établi et la perte de repères et la déstructuration d’une partie de la jeunesse qui vit en France. Il est tout aussi difficile de ne pas rapprocher l’esprit qui anime ces agissements, d’autres comportements tels que la vague d’hostilité à la minute de silence organisée à la mémoire des victimes des attentats du mois de janvier, dont l’ampleur avait été considérablement sous-estimée à l’époque.

Le manque d’adhésion à notre contrat social par les individus concernés est manifeste et la question se pose du basculement d’une partie d’entre eux dans la violence organisée s’il survenait un incident significatif générateur d’un brusque accroissement de tension.

A Vaulx-en-Velin, Vénissieux, aux Ulis, les forces de l’ordre (policiers et parfois pompiers) ont été attaquées – tirs de projectiles – et caillassées ; une voiture de police a été incendiée à Neuilly-Plaisance. La réaction à ces actes est-elle appropriée? Estimez-vous que des consignes ont été données afin de minimiser ces attaques?

On pourrait ajouter une bonne dizaine d’incidents à ceux que vous évoquez.

Le fait est qu’aujourd’hui, les équipages des services publics, (police, pompiers, premiers secours..) sont très fréquemment pris à partie.

À ce jour, il n’y a pas eu de drame, même si l’on en vient à banaliser les blessures parfois sérieuses subies par les fonctionnaires dans ces circonstances.

Ce qui est manifeste, c’est que les forces de l’ordre reçoivent des instructions extrêmement strictes de ne riposter qu’à minima lors de ces graves débordements.

On peut d’ailleurs faire un parallèle avec les consignes qui sont données à ces mêmes forces de l’ordre lors des débordements occasionnés à la suite de certains matchs de football, comme l’ont illustrés les évènements qui ont suivi les victoires de l’équipe d’Algérie lors de la coupe du monde 2014.

La priorité des autorités consiste manifestement à éviter que des «jeunes» ne soient blessés ou tués afin de ne pas générer d’escalade, quitte à laisser commettre des exactions parfois conséquentes.

Le problème, c’est que plus la riposte de l’État est limitée, plus ces comportements se retrouvent en pratique encouragés, au point que leur répétition confine à la banalité. Or, il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’actes très graves et que la frontière est ténue entre de petits groupes mobiles qui tirent des mortiers ou qui caillassent les véhicules de secours, et le passage à l’acte avec des armes létales qui ne sont jamais loin dans les banlieues dont on parle.

Il s’en faudrait de peu pour que ces violences urbaines, hélas ainsi banalisées, deviennent dans de véritables scènes de guérilla qui coûteraient la vie à des fonctionnaires et feraient basculer le pays dans une autre dimension.

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