Pourquoi des Occidentaux partent combattre l’État islamique

Pourquoi des Occidentaux partent combattre l’État islamique

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Tim Locks, un quadragénaire britannique, vient de tout plaquer pour aller grossir les rangs des Occidentaux qui s’engagent auprès de milices kurdes et chrétiennes pour combattre l’État islamique. Thibault de Montbrial décrypte ce phénomène nouveau.

Des dizaines d’occidentaux ont rejoint des milices kurdes, les Unités de protection du peuple kurde (YPG), ou chrétiennes qui ont pris les armes contre l’État islamique pour défendre des villages. Ce phénomène vous étonne-t-il?

Ce n’est pas particulièrement étonnant: il était inévitable qu’à force de voir des massacres commis quotidiennement sur des minorités kurdes ou chrétiennes par les islamistes, des initiatives individuelles soient prises ici et là dans les pays occidentaux pour aller aider ceux qui sont persécutés. C’est dans l’ordre naturel des choses.

Pensez-vous qu’il va s’accentuer?

Il est trop tôt pour le dire mais cela n’est pas exclu. On manque encore de vision globale sur les identités et parcours des intéressés, c’est un phénomène qui en est à ses débuts.

Certains parlent de «symétrie» ou encore «d’effet miroir» entre ces occidentaux qui partent combattre l’État islamique et ceux qui vont, eux, dans l’autre camp rejoindre les djihadistes. Ce parallèle vous paraît-il juste?

Je ne trouve pas. Je pense qu’il y a d’un côté des gens qui sont sincèrement choqués par les massacres commis envers les minorités de ces régions et qui veulent aller aider. Et de l’autre les djihadistes, c’est à dire des gens qui partent au nom d’une idéologie islamique qui est politique, conquérante et guerrière, pour rejoindre des gens dont ils ne peuvent ignorer qu’ils commettent des massacres contre des minorités, compte tenu de tous les éléments de propagande auxquels ils ont eu accès sur internet. Donc d’un côté il y a les massacreurs, et de l’autre les massacrés. La démarche ressemble donc plus à la volonté de participer à une forme de légitime défense des massacrés, chrétiens ou kurdes.

 

Ne risquent-ils pas néanmoins de perturber les vrais militaires sur place?

Pour le moment, il n’ y a pas sur place de militaires occidentaux sur le terrain. S’ils rejoignent des groupes constitués en milice, cela renvoie à la question d’une coordination éventuelle entre les chrétiens, les kurdes et la coalition qui mène les raids aériens contre l’Etat islamique.

Le premier occidental pro-kurde est mort mardi lors d’une offensive contre l’État islamique. Ces hommes peuvent-il être devenir des «héros» utiles pour mobiliser l’opinion?

Cela dépend d’encore beaucoup de facteurs mais je ne suis pas sûr que, dans leur ensemble, les opinions publiques occidentales soient prêtes à ce jour à associer des initiatives individuelles de cette nature à de l’héroïsme.

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