Et si on organisait la contre publicité du « STUP » ?

Et si on organisait la contre publicité du « STUP » ?
12 janvier 2026 Olivier Debeney

– Tribune par LL & D Brogi

Alors que le narcotrafic prospère dans l’ombre, il serait temps de révéler  au grand jour ce que nos enfants s’injectent dans les veines et se mettent  dans les narines. 

Modèle unique et universel, l’économie de marché repose sur des principes  intangibles : la rencontre entre une offre et une demande, la concurrence qui tend  à réduire les prix quitte à affecter parfois la qualité … L’économie de marché  respecte les règles ou les contourne, s’applique aux biens et aux services, concerne  les produits légaux et illégaux comme les stupéfiants. 

Tous les Etats occidentaux étant confrontés sur leurs sols respectifs aux  conséquences du trafics de stupéfiants, on peut sans naïveté poser le constat que  l’ensemble des gouvernants font face depuis plusieurs décennies à des forces  occultes qui les tiraillent, les contraignent, les dépassent voire les servent*, au  point que le trafic poursuit inexorablement sa progression. 

Pour autant les faits sont têtus : en 2024, les services français (police,  gendarmerie, douanes et marine nationale) ont saisi 53,5 tonnes de cocaïne, soit  une augmentation de 130 % par rapport à 2023 (23 tonnes), selon des chiffres du  ministère de l’Intérieur. 

Le narcotrafic est principalement apprécié à travers les sommes d’argent  astronomiques que ce trafic mondial génère, de la violence qu’il engendre, des  victimes dont la jeunesse émeut l’opinion chaque jour un peu plus, des marches  blanches et rassemblements en guise de réponses symboliques. 

Victimisé, le profil du consommateur est difficile à esquisser : il est « madame et  monsieur tout le monde », « addict » ou tenté par l’expérience de l’interdit, adepte  d’un produit récréatif régulier ou d’un booster d’énergie décuplée, acteur d’une  occasion qui se présente, junior comme sénior, en tout cas largement influencé  par un effet de mode, l’idée de ne pas passer pour ce que l’on n’est pas, ou adopter  définitivement le style de vie magnifié à partir des années 70. 

La dimension santé publique est quant à elle réduite aux débats caricaturaux tels  que l’opportunité de légaliser les drogues malnommées « douces », la pertinence  d’installer des salles de shoot, l’obligation de sécuriser les espaces publics où les  « camés » s’effondrent, la nécessité de reprendre les quartiers où se barricadent  les parrains et leurs armées, les « territoires perdus de la République ». 

Après avoir créé un Parquet national anticriminalité organisée (les 16 magistrats  du PNACO sont nommés à compter du 5 janvier 2026.), après avoir clamé que  « chaque consommateur avait du sang sur les mains », le Président souhaite que le montant des amendes forfaitaires délictuelles (AFD) pour usage de stupéfiants  soit porté à 500€. Au-delà d’un nouvel effet d’annonce, peut-on raisonnablement  imaginer que cette hausse du montant de l’AFD (dont on sait que le taux de  recouvrement est et demeurera marginal) ait un réel effet sur le comportement  des consommateurs ?

Il reste un angle mort dans la lutte contre la consommation de stupéfiants :  savons-nous précisément de quoi se composent ces psychotropes ? 

Investir toutes les consciences 

Alors que nous sommes capables d’imposer sur les boites de médicaments le détail  des substances qui les composent et les effets indésirables qu’ils peuvent produire,  alors que nous sommes capables d’imposer le nutri-score sur les aliments, il n’est  pas venu à l’esprit de la puissance publique d’en faire de même pour les stupéfiants  alors que ce serait si simple. 

Faisons une expérience de pensée :  

Les forces de l’ordre saisissent chaque année plusieurs tonnes de drogues  différentes et partout sur le territoire. 

Si les laboratoires d’analyses de la Police et de la Gendarmerie se penchaient sur les drogues saisies, ils pourraient assurément lister les produits qu’elles  contiennent. La valeur de ces analyses ne pouvant être remise en cause, cela  présenterait de nombreux intérêts dans le temps et l’espace : elles permettraient  d’une part d’identifier les évolutions de la composition par type de drogue, d’autre  part, de préciser ce qui est vendu aux consommateurs dans la profondeur du  territoire puisque plus aucune commune n’est épargnée. 

Jusque-là rien de rare ; la nouveauté consisterait à le faire savoir. 

Ainsi, une médiatisation de masse de ces analyses pourrait alors être  périodiquement organisée dans les médias nationaux et locaux, à des moments  clés, par exemple à la rentrée scolaire ou avant les périodes de vacances, sur les  zones géographiques accueillant vacanciers français ou étrangers. 

Imaginez l’impact d’un spot télévisé diffusé en « prime time », détaillant que les  centaines de kilos saisis à Marseille ou au Havre sont coupés avec des substances  aussi repoussantes que les pires armes chimiques que les traités interdisent. 

Communiquer pour faire savoir, communiquer pour comprendre, communiquer pour s’extraire des fausses croyances, des mythes et des impensés, communiquer  pour exposer une vérité crue. 

Peut-être alors le « stup » serait moins « fun » aux yeux des consommateurs ? 

Si les toxicomanes savaient, si leurs proches étaient informés, il y a fort à penser que le marché des stupéfiants s’en trouverait au moins perturbé au mieux entravé,  les vies préservées et la société plus apaisées. 

Une chose est sûre, communiquer sur la composition des stupéfiants alimenterait  les débats des repas de familles dominicaux et ce serait assurément la première  contre-publicité originale et efficace. 

Adapter l’arsenal des sanctions est vertueux, communiquer autrement est  disruptif ! 

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* Pour mémoire, en 2018, l’’INSEE a décidé d’intégrer le trafic de drogue dans le calcul du PIB français,  conformément aux recommandations d’Eurostat avec un impact significatif sur les chiffres économiques (+2,5  milliards d’euros sur le PIB, +3 milliards d’euros sur la consommation finale des ménages).